L’acteur face à son jeu au théâtre, au cinéma, à la télévision
- eridelfram
- il y a 4 jours
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L'unité de l'acteur dans la diversité des médias
Il existe des livres sur le théâtre qui sentent la poussière de rideau rouge et les fiches de cours oubliées au fond d’un tote bag de festival. Et puis il y a celui-ci, qui réussit l’exploit d’être à la fois rigoureux, concret et franchement agréable à lire. Comme quoi, on peut parler de technique de jeu sans donner l’impression de se plier à un "catéchisme dramatique" (ou dramatique catéchisme...).
Ani Hamel s’attaque ici à un sujet passionnant : le rapport de l’acteur à son propre jeu. Pas seulement la manière de jouer, mais la façon dont l’interprète habite un rôle, le construit, le met en doute, le transmute… et parfois le massacre avant de le sauver in extremis à la générale. L’autrice explore les mécanismes du jeu d’acteur dans différents médias — théâtre, cinéma, télévision — avec une approche très pédagogique, nourrie d’exemples et d’expériences de terrain.
Ce qui frappe dès les premières pages, c’est l’équilibre entre théorie et pratique. Hamel connaît son sujet, mais elle n’écrit jamais « du haut de la scène ». Elle parle aux comédiens, aux metteurs en scène, aux étudiants, mais aussi aux amoureux du théâtre qui se demandent ce qui se passe exactement dans la tête d’un acteur avant d’entrer en scène.
Le livre revient sur les grandes notions du jeu : concentration, écoute, mémoire émotionnelle, présence, gestion du corps et de la voix. On sent l’influence des grandes traditions pédagogiques (Stanislavski, ...) mais Hamel préfère interroger les méthodes plutôt que les sacraliser. C’est précisément ce qui rend l’ouvrage vivant : il ne prétend pas livrer LA vérité du jeu, mais plutôt ouvrir des pistes de réflexion.
L’un des aspects les plus intéressants concerne les différences entre le jeu théâtral et le jeu face caméra. Sujet classique : au théâtre, le corps doit projeter, amplifier, transmettre jusqu’au dernier rang ; au cinéma, un battement de cil peut devenir un monologue shakespearien. Hamel montre très bien comment l’acteur doit adapter son énergie et sa technique selon le médium, sans perdre sa sincérité. l'acteur reste le même, c'est son "adresse" qui change. Au théâtre, vous habitez un volume ; à l'image, vous habitez un cadre. Cette distinction, qui paraît simple, est ici décortiquée avec une précision chirurgicale, permettant de comprendre comment l'énergie doit circuler. Tout est alors question de dosage.
Le ton du livre contribue énormément à son efficacité. Il y a dans ces pages une tendresse évidente pour les artistes et leurs fragilités. On sent l'amour du métier à chaque page, un sentiment renforcé par la préface de Brigitte Fossey qui apporte un éclairage précieux sur la longévité d'une carrière et la fraîcheur du regard.
L’ouvrage a également le mérite d’aborder le doute de l’acteur. Sujet rarement traité aussi franchement. Comment savoir si l’on joue juste ? Comment éviter les automatismes ? Comment rester vivant dans un rôle joué cinquante fois ? Ces questions traversent tout le livre et lui donnent une profondeur qui dépasse le simple guide technique.
Puisse ce livre donner l'envie de retourner au théâtre ou de lorgner petit et grand écran avec un regard renouvelé sur le travail des interprètes. Impossible, désormais, de goûter à une scène sans penser à l’incroyable mécanique intérieure qui anime chaque geste, chaque silence, chaque respiration dans une transcendante alchimie.
Bref, un ouvrage intelligent, accessible et stimulant, qui réussit à parler du métier d’acteur avec sérieux… Pour les passionnés de scène, les étudiants en arts du spectacle ou les curieux qui aiment comprendre l’envers du décor, c’est une très belle découverte !
ED
AMEL (A.), L’acteur face à son jeu au théâtre, au cinéma, à la télévision (Préface de Brigitte Fossey), Editions GLYPHE, 2024




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